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La langue berbère, est peut-être la seule langue africaine
qui fut et qui soit encore notée par un alphabet véritablement vernaculaire,
les caractères libyco-berbères (de Libye nom donné par les anciens grecs à
la bande côtière de la Méditerranée allant du Nil à l'Atlantique et aux
terres désertiques la jouxtant). Ancêtre des tifinagh (tafinaq au
singulier), cette écriture l'une des plus ancienne du monde est encore
utilisée de nos jours chez les touareg.
Alphabet consonantique, de style géométrique et non cursif,
il ignore les voyelles, ce qui en complique la lecture. La valeur de
certaines consonnes peut varier en fonction des prononciations locales et
certaines lettres être notées avec des signes de formes différentes, ou
s’assembler pour créer une double consonne, à valeur biconsonantique.
On retrouve des vestiges de l'écriture libyco-berbère de la Tunisie au
îles Canaries, en particulier par des épitaphes inscrites sur des
monuments funéraires monumentaux, sur des stèles, et au Sahara
accompagnant des gravures rupestres. La date attestée de son ancienneté
est de 138 avant J.-C. Cependant les préhistoriens estiment que son
origine est nettement plus ancienne et daterait environ du Vlème/VIlème
siècle BC, où serait même antérieure à cette période, les spécialistes
avancent des dates de 1200 à 1300 BC pour des inscriptions sahariennes.
C’est environ au Vème siècle, soit à la fin de la domination romaine,
qu’elle a cessée d’être utilisée en Afrique du Nord. Mais parfois l'on
découvre encore certaines lettres, vidées de leur substance, devenues
décoration sur des supports lents à mémoire tels que des poteries ou de la
tapisserie.
Chez les touareg la mère apprend à son enfant, les différents caractères
de l'alphabet tifinagh en les dessinant dans le sable du désert , support
rapide sans mémoire. Terrain de jeu par excellence pour les petits et les
grands, il permet d'en mémoriser les subtilités par le déchiffrage de
devinettes, de petits poèmes.
Les tifinagh s’écrivent traditionnellement de bas en haut, mais le sens de
la graphie peut varier en fonction de la place et du support. Les touareg
les apposent principalement sur des objets artisanaux comme signature,
petits textes et pour transcrire des courts messages.
Actuellement il y a réappropriation par les populations berbères du
Maghreb des tifinagh (tifinak ou tifinar), en tant que revendication
identitaire et culturelle. Par la
création de signes vocaliques et des essais d’unification des caractères ,
de nombreuses tentatives sont faites pour en faciliter l’accessibilité et
la diffusion.
Cette
écriture multi-millénaire et fascinante, reste un large champ de
recherches et d'études. En effet bien que les tifinagh notent des
phonèmes, ils nous renvoient aussi à la naissance des premières écritures
et aux symboles, qui les ont précédées. Le tafinaq
représentant un homme debout, valeur z en français, rappelle
concrètement ce processus, car chez les berbères il transcrit aussi le mot
amagik en tamachek (Aïr), amazigh en tamazight (Kabylie), qui signifie
l'être humain libre.
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